
LE MANOIR DE KERHOAS
Dès 1427 le site de Kerhoas situé au fond du Ster de Lesconil est indiqué comme appartenant à la famille du Haffond de Kerescant, les puissants seigneurs du lieu qui ont ensuite émigré à Treffiagat. En1480, ce manoir défensif archétype du manoir médiéval cornouaillais, remplissait à la fois la fonction de demeure seigneuriale et de domaine agricole.
En 1785, il est vendu à la famille d’Alain de Tréverret, ancien Sénéchal de Quimper et de Rennes. C’est un riche bourgeois. Sa veuve rachète le manoir qui échappe, de ce fait,à la vente des biens nationaux.
Le manoir est ensuite racheté en 1807 par un riche bourgeois, Jean Baptiste Huart qui deviendra maire de Pont l’Abbé. En 1879 son petit-fils, l’archéologue Paul du Chatelier en hérite. La famille Morvan, domanier depuis 1861, succède à la famille du Chatelier, et achète le fond de Kerhoas en 1927 et devient ainsi propriétaire entier de Kerhoas; après un siècle de présence, le bien est revendu en 1989, à l’actuelle propriétaire Colette Aymer de La Chevalerie
Durant ces périodes (18ème – 20ème siècles). Kerhoas est régi selon le principe du domaine congéable reposant sur l’existence de deux propriétaires : le propriétaire foncier qui possède le fonds et le domanier à qui appartient tout ce qui a été bâti au-dessus du sol (bâtiments, talus et même arbre jusqu’à un certain degré de croissance). Le propriétaire foncier reçoit une rente foncière de leurs domaniers, une sorte de loyer pour les terres exploitées. Les domaniers sont formés, la plupart du temps, de familles aisées, comme les Calvez au XVIIIème siècle ou les Morvan aux XIXème et XXème siècles.
Kerhoas n’était plus en 1927 que des bâtiments utilisés uniquement pour les besoins et l’usage de l’exploitation agricole et étaient traités comme tels.
Le manoir devenu inconfortable avait cessé d’être habité depuis les années 1970 …
À noter que les restes du chemin historique remontant à l’époque romaine (disparu du cadastre dans les années 1980) et menant à la chapelle de Plonivel, également du quinzième siècle ,ont été acquis, alors qu'il permettait de comprendre la relation entre ces deux lieux, liés par l’histoire, et inscrits dans la mémoire collective locale.
Per Jakez Helias et Claude Chabrol ont décidé d’y tourner en 1980 plusieurs scènes intimistes et emblématiques de la vie de la paysannerie bigoudène à la fin du 19eme siècle (scènes du mariage, de l’écurie du cheval, de la fabrication des crêpes, des battages ….)
C’est la description du site Mérimée du Ministère de la culture qui l’explicite : exemple de l’architecture manoriale du 15ème siècle il comporte plusieurs corps de bâtiments disposés en U autour d’une cour jadis fermée.
Les bâtiments tels qu’ils se présentent actuellement ont pratiquement conservé les dispositions décrites dans un acte notarié de 1753. La construction est l’œuvre d’une famille de la noblesse rurale, son architecture est modeste mais soignée en particulier le rez-de-chaussée du Manoir.
La dépendance à l’est à double porche et munie de meurtrières était un entrepôt domanial, pour le blé en particulier.
A l'ouest les bateaux pouvant à l’époque accéder par le bras de mer à l’arrière des bâtiments fortifiés donnant sur le Ster étaient surveillés depuis une étonnante fenêtre à meneau de la pièce de garde.
La porte d’entrée du logis est une porte en anse de panier, surmontée d’une accolade avec fleurons au sommet et entourée de pinacles sur les côtés et larmier au-dessus. Le manoir possède des fenêtres à meneaux, des acrotères sur les rampants du toit, une tour d’escalier à vis à l’arrière et des meurtrières sur le pignon ouest de la maison d’habitation permettant ainsi de mieux surveiller l’arrivée de tout assaillant éventuel.
La fontaine et le four à pain ont été restaurés dès 1990 pour permettre la fabrication du pain lors de la fête des vieux métiers organisée durant 25 ans par la FNACA ; ils se situent à l’avant du manoir.
Dès 1990, d’importants travaux de sauvetage (arche de la grange et ceinture de béton armé pour le manoir entre autres) ont permis de sauver les bâtiments d’une ruine programmée.
C’est ce qui a conduit le Ministère de la culture, via la Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, à proposer à la propriétaire une protection administrative définitive avec l’inscription de la totalité du site bâti à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques ISMH (Arrêté du 23 décembre 1992).
Reboisé par l’actuelle propriétaire, Kerhoas est un lieu accessible en extérieur en permanence ouvert sur le paysage et l’environnement du Ster avec un biotope où se retrouvent en particulier plusieurs espèces d’oiseaux et insectes. Un lavoir a également été remis en état au pied de la fontaine.
Le manoir de Kerhoas est actuellement une halte officielle et permanente du Comité de la randonnée pédestre du Finistère. Il dispose de tables de pique-nique en bois installées à l’ombre pour une pause champêtre au bord du Ster.
Le rez-de-chaussée du Manoir et les parties restaurées des bâtiments sont visitables chaque été depuis 1991, pendant 40 jours consécutifs, ainsi que pour les Journées Européennes du Patrimoine (avec une animation artistique). Kerhoas accueille également sur demande la vie associative locale, les scolaires et les groupes.